dimanche, septembre 10, 2006

polars en tranche



Le genre polar a une histoire sédimentaire. Il la joue évènementiel en Europe fin XIXème : une énigme à résoudre, un héros imbattable, des faire-valoirs taillés sur pied pour l'occasion. ça prend de l'ampleur vers les années 30, côté US. La réalité sociale s'invite en trame de fond ; on y gagne en noirceur, en banalité aussi. L'assassin devient également un héros dans l'intrigue, au détriment du charisme policier. C'est l'avènement de l'esprit de système aussi : on cause mafia, pègre, import-export. L'énigme elle-même perd de sa substance : c'est la peinture du quotidien qui devient le terreau du genre. Ce sera l'esprit des pulps. Voir plus haut, plus loin, au-dessus des acteurs. On redécouvre au passage le fatum grec et le goût de la tragédie. Les années 50, la géopolitique et l'entame de la guerre froide achèveront de polluer le genre pour quatre bonnes décennies. Fin 80, le roman noir tourne à vide sur les mêmes ressorts usés depuis bien longtemps. Saint Ellroy arrive et publie son premier livre. On repart sur autre chose. Au fait, vous connaissez le Dalhia noir ?

Le tout, c'est en fait de trouver où attaquer la première couche. On en discute encore. La tradition souffle Poe. Borgès, qui n'était pas la moitié d'un rigolo, a glissé quelques mots à ce sujet dans un recueil bien foutu de préfaces, n'hésitant pas à remonter de son côté jusqu'à Cervantès et son allumé favori. Certains nomment aussi Sophocle, depuis qu'il trafique sous la célèbre jaquette noire. Faut voir. Pour moi, l'initiateur le plus probable reste Vidocq, dont un film vint dernièrement ternir la mémoire. Ses mémoires - publiées avec un vif succès - mirent le genre malfrat et le jargon populo à la mode début XIXème. Un parcours ahurissant, à découvrir.



En France, nous avons longtemps navigué du père Lupin aux grands bavards, genre Simonin, Audiard et Boudard, eux-mêmes rejetonnades probables du sieur Destouche, avant de rebondir début 70 vers le polar social à la française : Manchette, etc. Marxisme et gros flingue. Nous n'en sommes guère éloignés encore. Izzo, Dantec et les autres sont tombés de ce pommier. Et puis, il y a le Poulpe. Çui-là, c'était l'objet de départ du billet. Ce sera pour la prochaine fois!

Je vous glisse mon obligé du jour : Monsieur Cash reprenant Hurt. La version NIN est . Comparez. Admirez. Merci Dieu.

8 Comments:

Blogger SENDERON said...

Superbe!

12:24 PM  
Blogger soleilpremier said...

à lire en complément du "DAHLIA NOIR" d'Ellroy "L'AFFAIRE DU DAHLIA NOIR" de Steve HODEL préfacé et recommandé par le grand James himself

8:51 AM  
Blogger L'Anonyme de Chateau Rouge said...

s'il y a bien quelqu'un qui doit tout à Johnny Cash, c'est bien Dieu.

5:41 PM  
Blogger totagata said...

soleilpremier : Lu le complément : bien foutu, bien tenu. Merci à toi soleil.

l'anonyme : S'il y a bien quelqu'un qui doit tout à JC, c'est Dieu :)

3:44 PM  
Blogger Ulrich Stakov said...

Si vous voulez faire plaisir à des gens, qui aiment un tant soit peu la littérature noire, achetez le désormais indispensable Dictionnaire des littératures policières de Claude Mesplède. Une nouvelle version devrait arriver incessament sous peu...

Ah le Poulpe...

10:18 AM  
Blogger The Civil Servant said...

Lu et relu ce billet en écoutant Watching the detectives de Costello...

10:29 PM  
Blogger Ulrich Stakov said...

Bon...
Le chevalier servant est en panne...
La barricade fait des pops timides de champagne...
Et l'abricot semble aussi panne...

Une bonne nouvelle, PODvains s'est remis à verser quelques bakchiches.

Pas assez ça, je commence à être en manque, les gars ;-)

9:57 PM  
Blogger totagata said...

The civil servant : excellent choix :)

Ulrich Stakov : merci pour ton soutien, ça arrive !!

8:19 AM  

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