lundi, mai 08, 2006

Les éditeurs, la vraie foi et le Tigre



Ces temps-ci, je relis la biographie de Gaston Gallimard par Assouline. J'en suis arrivé à la période de l'occupation. Curieux bonhomme. Gallimard avait toujours recruté deci-delà pour sa NRF des écrivains de toutes les confessions - ce dont il se foutait lui-même probablement. Au catalogue, ça lui donnait au final Drieu, Aragon et Proust dans un mouchoir de poche. Il avait bien participé dans l'entre-deux guerre à la tenue de la Revue juive (Albert Cohen, Berl, etc), mais bon : il avait aussi créé des revues sur le cinéma et la musique classique !
Et donc, la guerre. Suivie de l'occupation.

Grasset mène la corbeille et rentre à Paris, les autres éditeurs suivent. Parait la liste Otto, les fameux indésirables : allemands expatriés, juifs et autres mauvais français. Le problème central des éditeurs, ce n'est cependant pas tant épurer les catalogues que trouver du papelard en ramettes. On gomme les parutions malheureuses d'avant-guerre, tout en mettant en avant les quelques oeuvres pro-allemandes. Les grandes maisons traduisent Goethe et Jünger à tour de bras : l'Allemagne sous son meilleur jour. Certains - rares - écrivains renoncent à publier (Guehenno), d'autres s'exilent (Breton) ou se font discrets (Crémieux). La plupart ne freinent guère. Guitry, Sartre ou Pagnol remplissent les théâtres. L'Intelligentsia collabo visite Berlin.



Gaston mène sa barque tant bien que mal. Drieu fait caution à la tête de la NRF ; Paulhan trafique le relationnel dans un placard, glissant à la résistance. Marcel Aymé fait de belles choses. La plupart du temps, les bouquins parlent d'autre chose. Au mieux, on trafique dans le sibyllin, avant de basculer dans le clandestin et l'anonymat. Petite gradation de l'engagement en 1943. Gallimard ne vit pas trop mal. Marius Grout ramasse le Goncourt avec le Passage de l'homme - que plus personne ne trouve plus nulle part. La guerre a basculé côté anglais. Et j'en suis là de mon bouquin. Le style Assouline est assez reconnaissable : on y rencontre beaucoup de disgressions (c'était flagrant dans son Hergé ou son Simenon), ça tombe souvent dans le narratif - on reste loin de l'essai. Deux notes par page, en moyenne ; c'est beaucoup pour un roman, c'est peu pour une bio érudite. Et puis surtout, il a le don du casting.

Rien à voir, maintenant, sinon un vague rappel du dernier post : Me myself and the music s'est fait incendier par un furieux du jugement, prétendant au choix littéraire dans un langage fleuri. Ce brave homme lui reproche en effet de demeurer par trop tiède dans sa condamnation des salauds qui peuplent les allées de la littérature. Pire, il l'accuse ouvertement de les soutenir implicitement, à la manière d'un amoraliste de salon prenant pose. Pour faire bref : on a le choix, à condition d'être nécessairement contre. C'est vrai que la biographie de l'auteur est souvent un fardeau pour l'oeuvre. On sait désormais qu'il est indigne de s'en dispenser. Et si Homère était un serial killer ? Ben vous avez droit de le lire jusqu'à ce que cela remonte à nos oreilles. Après, plus.



Même sucette. Dans le Libé de ce matin j'ai appris que madame Boutin avait participé à une rencontre de l'UOIF, avec laquelle elle confie partager certaines valeurs : respect de la famille, des symboles religieux, etc... La brave femme ! Une leçon de partage, d'échange et peut-être même de démocratie. Seule nuance : z'aiment pas trop les PD, que je crois me souvenir. Ne le précisent guère : c'est sans doute convenu entre eux. Tacite, comme on dit. Sacré Boutin.

Un petit chapeau à M'sieur Attali, qui balance un beau billet, dans l'Express, sur l'époque incertaine : Quand Philippe de Villiers clame que l'islam est incompatible avec la démocratie, il a raison. Mais il oublie de dire que, en fait, le judaïsme et le christianisme le sont aussi, comme toute autre religion ou philosophie qui prétendrait imposer sa Loi au-dessus des lois. C'est développé sur place. Jetez-y un oeil pour voir.

Du coup, je vous balance un chouette morceau façon private joke : Le Tigre et son Deceptacon, que vous pourrez retrouver ici.

3 Comments:

Blogger L'Anonyme de Chateau Rouge said...

c'est assez étrange...j'aime beaucoup la photo de Boutin !

11:55 PM  
Blogger totagata said...

En fait j'ai triché... Celle-là est tirée d'une vieille réunion de jeunes UMP. Maintenant elle a changé de coiffure.

1:15 AM  
Blogger Sonic Eric said...

Et oui, j'ai eu le malheur de ne pas assez préciser dans mes billets où se situaient politiquement le bien et le mal car, pour paraphraser Jacno, je "ne suis pas toujours de mon avis" mais heureusement, les "beaux esprits " se sont chargés de me remettre dans le droit chemin.
Vu ce que vous avez écrit sur mon blog, je sais, Totagata, que nous partageons des doutes communs. Permettez-moi de vous exprimer ma gratitude.

8:34 PM  

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