mercredi, mai 10, 2006

Afficher rouge

Achevé Gallimard et relu cette nuit Maus de Spigelmann. Je suis en train de me réembarquer dans une période noire de l'histoire, façon 33-45. Ce doit être l'époque qui me questionne sur mes valeurs.

Je vous balance l'affiche rouge d'Aragon. Vous trouverez un très chouette commentaire sur le sujet côté Hérodote et pi par ici - une page dédiée contenant la version mise en musique par Ferré. L'album en lui-même est incontournable - je précise qu'il parle aussi d'autre chose...



Vous n'aviez demandé ni gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant


9 Comments:

Blogger L'Anonyme de Chateau Rouge said...

A lire aussi Gen d'Hiroshima de Kiji Nakazawa aussi bouleversant que Mauss d'Art Spiegelman. L'auteur de ce manga aborde une autre face de cette periode sombre qui finalement est allé bien au dela de 1945.

12:59 PM  
Blogger soleilpremier said...

en parlant de poèmes qui sous entend d'autres choses, lire plus belle que les larmes du même Louis Aragon dans le recueil les Yeux d'Elsa où il est presque clairement dit que le débarquement s'effecturai en Normandie. je précise que le poème a été écrit en 1942-43 et parachuté par avion aux résistants et maquisards (dont mes grand parents)biz à tous

9:03 AM  
Blogger The Civil Servant said...

Merci l'ami.
Je sens que je vais réecouter Theo Hakola et son Orchestre Rouge.

Read you soon

11:32 PM  
Blogger Berlin Belleville said...

Melinée Manouchian déposant des fleurs pour son mari au cimetière d´Ivry sur scène, les FTP MOI, honneur de la France que l´on vire aujourd´hui à coup de lattes...
C´est amusant, hier, je me suis pris à repenser à ce passage du "grand voyage" de Semprun, ou sorti de Buchenwald, l´administration lui refuse une cartouche de cigarette car il n´est pas francais...il ne faut jamais oublier le Mont Saint Valérien.

12:21 PM  
Blogger totagata said...

Autant de détails cachés sous la grande histoire. Je savais pour "Les yeux d'Elsa" - vous m'en aviez déjà touché un mot, vieux camarade. Je n'avais pas connaissance, par contre, d'un texte de Semprun sur son passé de déporté (je ne connais que son engagement à gauche, genre bureau politique et guerre d'Espagne). J'y jeterai un oeil bientôt.

Merci à tous

3:41 PM  
Blogger Berlin Belleville said...

Semprun a en fait connu la déportation en tant que résistant communiste francais...Dans le "grand voyage" il relate non pas la déportation en elle mem, mais alternativement son voyage en train vers Buchenwald, et le soulèvement du camp en 1945...
Merci de m´avoir donné enviie de reecouter Ferré chantant Aragon...

4:56 PM  
Blogger L'Anonyme de Chateau Rouge said...

les FTP ont pris Monaco à l'époque...(histoire de mettre un peu de lumiere dans cette periode sombre...)

1:05 AM  
Blogger Sonic Eric said...

Je viens d'apprendre que Lény Escudéro
aussi a chanté l'affiche rouge. Tu connais cette version ?

8:27 AM  
Blogger totagata said...

Je viens de me procurer la version escudero. Version sympa, et puis une voix inconnue pour moi. Chose curieuse, je trouve par contre que ça a un peu vieilli, alors que la version ferré ne bouge pas... Merci pour le plan en tout cas.

2:54 PM  

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