mercredi, octobre 04, 2006

L'oeuvre totalisante - Le Poulpe - 2



Croisé Didier Daeninckx le week-end dernier à Marseille, au festival du polar. Devant lui, quelques livres à dédicacer : Cannibales, Zapping, divers. Sur la pile, une pile de titres du Poulpe avec, au dos de la jaquette, le prix en francs. Curieux bonhomme, Daeninckx, d'ailleurs. Il existe une belle polémique autour de ses attaques contre quelques écrivains qu'il accuse d'être négationnistes. Réponse. Pamphlet. Au menu, la bête immonde vautrée sous un roman noir.

En toile de fond, le Poulpe, Gabriel Lecouvreur pour les intimes. C'est un héros sans hauteur - fidèle à la tradition réaliste de gauche du roman noir français. Le poulpe sort du quotidien le bref temps d'un coup d'oeil, puis rapidement y retourne marauder en silence. C'est des histoires de bistrots, de faits divers mal éclaircis, de pègre locale et de fondus néo-fachos mis en déroute, pour l'essentiel. Il y a des nanas, aussi ; une par bouquin, en sus d'une régulière. Au final, la série a produits d'excellents bouquins de gare, qu'il vaut probablement mieux parcourir avant 35 ans, 40 à la rigueur.



C'est aussi un héros sans auteur - chaque titre étant écrite par une personne différente. C'est là que ça se complique un peu. La liste des titres et auteurs laisse d'ailleurs perplexe. On y croise un auteur de P.O.L. (Winckler) ou Romain Goupil à côté de quasi-anonymes et des grands bouquins (La petite écuyère a cafté, le premier de la série, est un chef d'oeuvre) auprès de franches platitudes. Le souhait des fondateurs de la série était de recréer une littérature populaire, à la manière des pulps américains ou des séries noires des années 60. L'idée fut de constituer ainsi une oeuvre ouverte, reposant sur des codes assurant la cohérence de l'ensemble - une idée libertaire en fait, bien dans l'esprit du milieu.

Les familiers se retrouvent d'un livre à l'autre, les marottes du Poulpe aussi - lecture du Parisien, Poliarkov en banlieue, coiffeuse en rose. La démarche se rapproche plus de l'atelier d'écriture que du parcours en solitaire. Le poulpe est d'abord une mise en commun, tant idéologique que littéraire : un machin à mille mains. Les volumes se sont succédés durant une décennie environ, avant de plier avec les éditions Baleine face au succès. Ils sont réédités chez Librio à 2€, pour certains. Perso, je préfère les formats originaux, plus petits, autre police - plus proches en fait des Que sais-je?, une autre collection pour tout le monde.

Au fait, ils en ont fait un film éponyme, avec Darroussin dans le rôle-titre. L'atmosphère, la photo surtout, léchée au possible, correspond en tout point à l'esprit de la série. Il y a des BD aussi, plus quelconques. A fouiller.

Au fait, ce post est dédié à Ulrich Stakov pour sa patience. Merci à toi, camarade.



Côté ambiance, je vous refile dans le caddie un Ferré période déclamée, dont je vous avais causé par . Vous le retrouverezen plus grand ici, c'est étourdissant, si l'on prend enfin une seconde pour s'étourdir. Attention, ça dépote.

5 Comments:

Blogger Ulrich Stakov said...

Ah mèche ! m'voilà grillé ;-)

DD est en effet un personnage trouble... il n'est guère apprécié dans le milieu. Il a perdu un procès en diffamation, il y a deux/trois ans...
Dommage car l'écrivain n'est pas mauvais, loin de là.

Sinon merci pour la dédicace !!

5:10 PM  
Blogger The Civil Servant said...

'Tain ca done envie de se jeter sur ces polars. Au détours des brocantes je devrai bien trouver des "poulpes". Juste un truc qu'il faut m'expliquer dear Toga : c'est cette phrase "Au final, la série a produits d'excellents bouquins de gare, qu'il vaut probablement mieux parcourir avant 35 ans, 40 à la rigueur".
Pourquoi et suis-je alors trop vieux moi qui ai traversé les 45ème blanchissants ?

5:54 PM  
Blogger totagata said...

Civil servant : D'abord, 40 ans, c'est une estimation et non une date fixée de péremption.

Le Poulpe demande des acquis (un petit bagage politique - anarcho, etc. ; un brin d'histoire - mille références à la guerre civile espagnole, par exemple ; un rien de militantisme...). Mine de rien, ça nous fixe un plancher adulte.

Mais il nécessite encore cette rare vertu, qui nous est à tous innée et que l'on passe cependant notre vie à égarer : l'optimisme révolutionnaire. Le plafond du Poulpe, c'est la vraisemblance que l'on accorde aux récits faits à l'imitation du réel. Nombre d'amateurs de grande littérature finissent d'ailleurs le nez dans des ouvrages d'histoire, faute de ne plus supporter la part de fiction d'un récit.

Le Poulpe grignote notre potentiel d'espoir. Il parait tout d'abord nous remplir d'espoir, mais ce n'est en réalité que de l'attente. Très adolescent tardif, en cela. Le Poulpe est une colère que l'on se passe un instant. C'est bien l'homme que l'on voudrait être, mais pas pour longtemps. C'est enfin un cas qui n'existe guère, un genre d'improbabilité.

Je crains fort que ce soit un type d'ouvrage qui, passé 40 ans, ne soit gorgé d'amertume.

Ceci dit, moi j'aime. Donc, tiens-moi au courant de ta lecture et dis-m'en ton sentiment.

7:50 PM  
Blogger Sonic Eric said...

Grâce à toi, j'ai compris pourquoi La petite écuyère a cafté m'était tombé des mains à moins de trente ans pourtant: l'optimisme révolutionnaire, ça n'a jamais été mon truc. Et les méchants sont toujours les mêmes : des néo-nazis ! Ici et partout. J'ai sillonné le marais poitevin de long en large et j'ai pas beaucoup croisé de Waffen SS. Le film, c'est autre chose : moins sermonneur, plus foutraque. Des trognes pas possibles et Clotilde Courau : ses petits seins, ses délicieuses aréoles (bien avant qu'elle nepouponne dans Gala).
Pas toujours d'accord mais toujours ravi de te lire

10:19 PM  
Blogger The Civil Servant said...

OK merci pour toutes ces précisions. J'te promet de te dire quand j'aurai lu.
Cela étant et sans rapport immédiat, il s'avère que tu n'as point de mail annoncé sur ton blog. Ce qui est bien ennuyeux pour t'écrire ou pour te mettre dans mon listing des ceusses que je préviens avant mes blind tests.
Qu'en est-il Cher Toga ?

4:05 PM  

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