samedi, août 13, 2005

génération et progrès

Définir ce qui caractérise une génération a toujours été un problème complexe. En sciences humaines, on avait construit le concept opératoire de génération comme un laps de temps, une période de 25 ans - le temps d'être parent. Plus près de nous, en France, nous avons la génération 68 en mémoire, synonyme de jeunesse, ainsi que de révolte, de liberté sexuelle et de gauchisme prononcé.



En ces temps de progrès triomphant et de systématisation générale, on en vient cependant à associer chaque décennie à une génération propre : ce n'est plus la capacité de renouvellement démographique qui fait la génération, ce sont ses goûts et ses références culturelles ou politiques. Le meilleur exemple reste pour moi les chansons de Delerm, type Les filles de 1973 ont trente ans.

Quelques paradoxes apparaissent dans cette situation : nous connaissons une époque arc-boutée sur l'avenir technologique et les possibles, et cela faisait pourtant longtemps que nous n'avions connu autant de nostalgie dans l'air (presse, pots-pourris TV, retape dans la mode). Plus rigolo, les tranches d'âges qui se cotoient dans les concerts de reggae, par exemple. Les plus anciens cherchent le riff de gratte type Bob Marley (qui reliait rock et reggae), les plus jeunes kiffent au contraire les basses énaurmes (pas loin du lounge ou de certains plans techno) : les uns et les autes n'écoutent en réalité pas la même chose, sans même s'en douter. Pour le dire autrement : les références culturelles se superposent les unes sur les autres, à travers les mêmes supports. Hegel nous causerait de dialectique, posant comme certain qu'il y a une avancée effective dans chaque transformation. C'est en fait toute la question.



Deleuze avait une chouette image pour résumer tout ça : chaque volonté, chaque symbole, chaque désir forme une des trames de notre plan de réalité, un peu comme les fils d'une nappe. Lorsque deux idées se recouvrent et se donnent mutuellement une cohérence, une densité nouvelle, c'est un pli qui se forme. Le progrès, ce n'est donc pas une nouvelle nappe que l'on dresse un beau jour : c'est au contraire un redépliage permanent.

La référence d'aujourd'hui est en fait un blog, qui propose, comme son nom l'indique, de nombreuses versions de mêmes chansons à travers le temps. Et c'est pas mal :)

3 Comments:

Blogger Vincent said...

Illustrer Deleuze par un post d'Interprétations Diverses... On est flatté !

5:26 PM  
Blogger Gonzo said...

Fais pas semblant d'avoir pas vu la référence à Delerm... !

10:29 PM  
Blogger soleilpremier said...

bon d'accord j'arrête mes plaisanteries

je suis assez d'accord sur ce sujet mais par contre s'il te plait oubli delerm

biz

soleil premier

10:00 AM  

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