samedi, décembre 10, 2005

La vie, c'est comme une chaise

La vie, c’est comme une chaise.

Les gens passent devant moi, en m’observant du coin de l’œil. Ils mesurent discrètement l’écart de mes pieds sur le sol, la largeur de mes bras, et puis mon maintien, aussi. Tout fait sens, n’est-ce pas ? Il y a des hommes de paille. Il y en a qui font dans le velours. Il y en a des avec le bois tout nu.

Moi, j’ai l’air d’une grande chaise anglaise – je veux dire : sèche et droite, le dossier étroit et haut. J’ai ça dans le ton, d’ailleurs. J’articule méticuleusement chaque syllabe. Et puis, j’ai les bras un peu raides.

Ça ne me nuit pas, cependant. J’ai un certain succès ; plus que d’autres. Comment ça se passe, comment vous dire ? Il y a du mouvement. Tout d’un coup, quelqu’un, une femme par exemple, ralentit et me regarde plus attentivement. Elle me dévisage – m’envisage. Parfois, rien. D’autres fois, prenant un prétexte quelconque, elle s’arrête. C’est très fort, cette femme qui stoppe au milieu de la foule. C’est à ce moment-là que je la remarque. Elle ne reste d’ailleurs pas longtemps immobile, parce que les autres la bousculent. Sortant du passage, elle s’approche de moi. Je la détaille à mon tour. Elle a l’air bien ancrée dans le réel : elle a de belles jambes – longues et solides à la fois. Elle est un peu forte, mais c’est un avantage. J’ai toujours aimé les assises rondes.

Enfin, je veux dire…C’est très sexuel, cet exemple.

Donc, cette femme s’approche. Elle prend un air de rien, naturellement. Elle passe derrière moi et sa main me frôle. Soudain, elle tire mon dossier et s’assied sur moi. La vivacité du geste me prend souvent de court. On a beau s’y attendre, on n’y croit pas vraiment avant. On se dit qu’on rêve, ou que ça va foirer. Vous savez bien. Mais là, non. C’est simple, c’est évident. Elle me donne tout. Ma main glisse sous ses cheveux. Elle bascule vers moi et m’embrasse sans tendresse, à pleine bouche. Une torsion s’échappe de ses hanches, qui remonte ses flancs et lui déchire les épaules, avant de me saisir tout entier et de nous souder, plus fortement encore, dans un arc sombre et précieux. Le temps s’arrête. Puis elle se redresse et se blottit contre moi de tout son long. J’ai ses cheveux dans les yeux, mais je ne dis rien. Parce que c’est précieux, ces moments-là.

4 Comments:

Blogger soleilpremier said...

Pas mal ce petit texte. Pas mal du tout même. C'est frais et tout mignon comme tout. C'est de toi?

9:54 AM  
Blogger totagata said...

Voui. Note que j'ai le courtoisie de préciser quand je cite, sinon. C'est d'ailleurs à ce propos ton blog qui m'a donné l'envie de m'y recoller.
d'autres blabla suivront sans doute :)

5:17 PM  
Anonymous Lone Wolf said...

Plutôt sympa, très poétique... Tu m'avais pas habitué à ça. Ça donne une dimension quelque peu lyrique à ton site essentiellement d'inspiration philosophique.

mais bon...

... si on doit se comparer à une chaise, j'suis quoi moi ? Un pouf ? (ça ressemble à rien mais c'est confortable !) :-)

2:22 PM  
Blogger soleilpremier said...

"d'autres blabla suivront sans doute". En tous cas je l'espère

un fan

biz

2:08 PM  

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